Fortifications littorales : les batteries de côte,
Batterie de côte : groupement de quelques pièces d'artillerie. Par extension, petit ouvrage conçu pour recevoir la batterie.Les batteries de côte sont intégrées dans un ensemble fortifié comprenant nécessairement un corps de garde, une guérite ou poste d´observation, une poudrière et quelquefois un magasin. L´ensemble fortifié peut être délimité par une enceinte de terre, un muret ou un alignement de pierres dressées (batterie de Beg Séac'h, île de Batz) complétés par un parapet ou une palissade et des retranchements (batterie de Primel, Plougasnou). Un chemin à pente douce conçu pour faciliter le transport des pièces d´artillerie dessert le site défensif (batterie de l'île de sieck, Santec). De la mer, la batterie se confond avec le terrain environnant pour créer la surprise qui donne plus de force à la défense. Mais l´aspect dissuasif ne doit pas être oublié, ainsi, à la seule vue des fumées des fours à boulets rouges, certains navires ennemis préfèrent rester au large loin de la portée des canons. De la batterie maçonnée et percée d´une ou plusieurs embrasures, nous sommes passé au 18e siècle à l´épaulement de terre absorbant les boulets adverses. Une batterie est dite à barbette lorsque les bouches à feu tirent par dessus la crête du parapet en l´absence d´embrasure. En fonction de l'enjeu tactique du lieu à défendre, les ingénieurs ont mis au point différentes formes de batteries : arc de cercle dit batterie en fer à cheval ou en croissant, redan, batterie linéaire ou rectangulaire.Corps de garde : édifice ou bâtiment où se tiennent les soldats de garde.Isolé, dans le cas d´un corps de garde d´observation (corps de garde des Amiets, corps de garde de Lavillo) ou intégré dans un ensemble fortifié comprenant alors nécessairement une ou plusieurs batteries, une guérite ou poste d´observation, une poudrière et quelquefois un magasin. Bâtiment comprenant généralement une seule pièce voûtée en plein cintre. Construit en moellons et (ou) pierres de taille de petit et moyen appareil. Le plus couramment en granite et (ou) pierres locales, par exemple en baie de Morlaix : granite rose de l´île Callot, granite gris de l´île de Batz ou encore dolérite et porphyre vert, pointe de Perrohen. Les murs font entre quarante et cinquante centimètres d´épaisseur.Toiture en dalle de granite ou plus rarement en ardoises pour des corps de garde de grande dimension. D´une longueur variant entre six mètres et trois mètres sur six à un deux mètres de largeur. Une surface comprise entre quarante et sept mètres carrés. A l´intérieur, une grande cheminée en pierres de taille et un dallage en pierre. Percé de deux à quatre baies ou meurtrières orientées vers la mer pour le guet ou destinées à la défense rapprochée. L' (les) entrée (s) est (sont) orientée (s) de manière à éviter que le vent dominant d´ouest ne s´engouffre pas dans le bâtiment. Généralement l´entrée principale est percée dans la façade Sud. En fonction de certaines particularités topographiques des sites : corps de garde adossé à un rocher ou se situant dans un renfoncement, les ouvertures peuvent être orientées différemment. Les éléments naturels, la mer, l´eau, le vent, le sable, dégradent rapidement les corps de garde. Dans les périodes de paix, certains corps de garde tombent en ruine, leur état s´aggrave du fait des vols de matériaux par les populations littorales. Les menuiseries des portes et fenêtres ont depuis longtemps disparu, mais certains édifices restaurés permettent aujourd´hui d´observer ces dernières en place. Les corps de garde intégrés à un ensemble fortifié ont souvent accolé à l´un de leurs pignons : une petite poudrière, une guérite et (ou) une citerne (corps de garde de Lavillo).Guérite : petit abri pour une sentinelle.Les guérites jouxtent le plus souvent la batterie mais peuvent être aussi accolées à l'un des pignons du corps de garde. Carrées et mesurant environ un mètre soixante sur un mètre soixante (guérite de l´île de Sieck). Rectangulaires : un mètre soixante par un mètre trente (guérite de l´île Callot) ou rondes. Ce petit abri généralement fermé par une porte décalée d´environ cinquante centimètres est percé d´une ou deux ouvertures rectangulaires pour le guet de la mer.Poudrière : édifice logistique servant de lieu de dépôt pour la poudre et les explosifs.Si certains corps de garde possèdent une petite poudrière accolée à l´un de leurs pignons, il semble que les poudrières indépendantes ont été privilégiées très tôt pour d´évidentes raisons de sécurité. Les poudres sont très sensibles à la chaleur et en cas d´attaque par des navires ennemis, le pointage sur le corps de garde et sa poudrière accolée serait facilité.La poudrière jouxte le corps de garde et (ou) la batterie de côte. Souvent, elle se trouve à égale distance entre la batterie et le corps de garde. L´entrée des poudrières ne se fait presque jamais par l´Ouest pour éviter l´humidité. Dotée d´une double feuillure, extérieure et intérieure, deux portes permettaient d'assurer l'étanchéité de l'édifice. L´aération de la poudrière s´effectue par deux évents en chicane. La toiture est le plus souvent réalisée par un simple plan incliné recouvert de dalles de granite ou de schiste.A partir de la fin du 17e siècle, de petits édifices en pierre se dressent partout sur la côte. Simples corps de garde d´observation reliés aux autres par des signaux comme le corps de garde de Lavillo (commune de Cléder, Finistère) blotti contre son rocher ou celui des Dôles à Cancale (Ille-et-Vilaine), ils peuvent aussi constituer des ensembles fortifiés comme sur l´île de Sieck (commune de Santec). Autrefois entretenus par les paroisses littorales, les corps de garde servaient d´abri aux miliciens qui se réchauffaient devant la cheminée attendant un hypothétique ennemi... Face à Concarneau, le site de la pointe du Cabellou est ouvert aux promeneurs.Les batteries et corps de garde étaient desservis par les milices garde-côtes : recrutés dans les paroisses littorales réunies en capitaineries, des milliers d´hommes âgés de 16 à 60 ans doivent assurer le guet de la mer : mission de surveillance des bateaux de passage : caboteurs, bateaux de pêche locaux, convois... Astreints aux maniements des armes mais sommes toute assez inexpérimentés, ils doivent pouvoir repousser un débarquement en attendant l´arrivée de troupes régulières. En cas d´apparition de voiles ennemies, les miliciens de la compagnie garde-côte alertaient les autorités par signaux codés : jeux de pavillons par temps clair, coup de canon, tocsin de l´église la plus proche, feux la nuit. La toponymie rappelle les fonctions défensives des lieux : le Rocher du Guet ou, du Guetteur, le Guet, pointe du Château, l´Eperon...Les batteries assurent la défense du littoral breton contre les incursions anglo-hollandaises. Au début du 19e siècle, Napoléon rationalise les ensembles fortifiés du 18e siècle en rassemblant dans un même édifice dit ouvrage-modèle ou réduit de batterie de côte : le corps de garde, la poudrière, la guérite, les magasins et la batterie en terrasse. Les batteries éparpillées sur la côte sont progressivement désaffectées au cours du 19e siècle jusqu´à leur abandon total.
Auteur(s) du descriptif : Lécuillier Guillaume
Par : L'inventaire du patrimoine