La digue des Grèves (Langueux)
Digue aménagée, pour la commune de Langueux, sur une longueur d'environ 3 kilomètres du pont du Moulin de la Grève au ponceau de Saint-Ilan. L'ouvrage, appareillé en maçonnerie de schiste et grès, granite et gneiss, n'est pas tout à fait rectiligne et suit une certaine courbe, qui permet d'amortir le flot. Deux escaliers rustiques en pierre de taille permettent de descendre à la grève, ainsi que plusieurs cales de faible pente.Digue aménagée à partir des années 1850 dans le cadre du prolongement de la Route départementale n° 6 d'Yffiniac à la mer. Avant la construction de la digue de Langueux, un talus de terre argileuse, sans cesse reconstitué et restauré par les habitants des Grèves, en particulier les maraîchers, protégeait les terres inondables. Ceux-ci obtenaient des concessions du Domaine Public Maritime afin d'extraire la marne, qui permettait de réparer et de consolider cette digue de terre et de soutenir les terres cultivées. Elle a été prolongée au début du 20e siècle, de Coquinet jusqu'à Saint-Ilan, dans le cadre des travaux d'aménagement du premier réseau ferroviaire d'intérêt local. Les travaux ont été dirigés par l'ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées Harel de la Noë au début du 20e siècle. L'ouvrage a considérablement changé la physionomie des Grèves au début du 20e siècle. Les extraits de plans par masse de culture annexés en illustration mettent en évidence l'absence de réseau de communication linéaire entre Coquinet et Boutdeville avant sa mise en place.1905 : Mazurié de Keroualin, directeur de la briqueterie de Saint-Ilan, entre 1895 et 1915 suggère le passage du réseau ferré départemental (ligne St Brieuc/Moncontour) au sein de l´usine pour livrer plus rapidement les produits dans toute la Bretagne. Ce projet réalisé par l'ingénieur Harel de La Noë va permettre d'édifier un quai et un mur de soutènement au niveau du talus, qui borde la route départementale. Cette digue n'empêchera pas dans les premières années que la route soit innondée. En 1920, le chargement de petits voiliers borneurs de 25 à 35 tonneaux, pour les expéditions des produits des tuileries se fait encore dans la baie d'Yffiniac, par le port de Saint-Ilan, dans une forme de bassin d'échouage, grâce à la passe du chenal transversal et d'un chemin d'accès empierré. La digue longe aussi le chemin des douaniers qui surveillait autrefois le littoral à cause de la contrebande du sel. Conséquence de l´activité des salines, de l´essor du maraîchage, puis du développement de l'usine, avec l'habitat à la fois agricole et ouvrier, la moitié de la population langueusienne est concentrée sur la frange littorale dès la fin du 18e siècle jusqu´à l'époque moderne. Les maisons sont perpendiculaires au rivage pour se protéger de la mer et des vents. Aujourd´hui, l´organisation de l´habitat aux Grèves montre toujours l´étroite relation des hommes avec l´estran. La digue est devenue un lieu de promenade et loisirs pour les habitants des grèves. C'est aussi un lieu d'observation et d'interprétation de la vie marine et sociale des grèves.Il est intéressant de remarquer que les nombreuses "portes à la mer" de la digue ordonne toujours la circulation des eaux douces et des eaux salées, entre la grève et les terres prises sur la mer.
Auteur(s) du descriptif : Pichouron Patrick ; Prigent Guy
Par : L'inventaire du patrimoine