Ecart de caboteurs de Montsarrac (Séné)
Le village conserve actuellement une certaine unité architecturale datant de la fin du 19e siècle, avec des maisons de marins alignées de part et d´autre de la rue de Montsarrac (rue principale) et bordant la place des Frères Grégam. Du fait du déclin économique précoce du village de Monserrac, les maisons qui le constituent au 19e siècle ont été peu modifiées. Ces maisons, appartenant en majorité à des marins au cabotage, sont d´assez belle allure. Elles présentent parfois un étage, des encadrements d´ouvertures en pierre et une lucarne pendante à fronton triangulaire. L´importance et le nombre de ces lucarnes est caractéristique de ce village au sein de la presqu´île. En revanche, la partie qui longe la mer a été investie par l´activité balnéaire qui entraîna la construction de petites villas récentes d´aspect assez banal. Actuellement, le port de Montsarrac est constitué de deux anciens sites d´échouage qui furent équipés de cale : dès le Moyen-age en ce qui concerne la cale du Passage (reconstruite durant la seconde moitié du 19e), et seulement au milieu du 19e siècle dans le cas de la jetée de la Garenne.L´écart de Montsarrac (appelé « village » en Bretagne) se situe à l´extrémité sud-est de la commune de Séné, à l´est de la Croix de Montsarrac, point haut à partir duquel on descend vers le passage de Saint-Armel. Selon Emile Morin, le village de Montsarrac existe depuis l´époque romaine. Son nom signifierait hauteur dominant la rivière (en l´occurrence le bras de mer de Saint-Léonard). Dès le milieu du 19e siècle, ce village est caractérisé par ses habitants en majorité marins de commerce et marins d´état, contrairement aux villages de la presqu´île de Séné dont les habitants sont alors essentiellement des pêcheurs, et contrairement aux villages de l´est de la commune dont la population est à dominante agricole. Ceci s´explique essentiellement par la situation géographique particulière de ce village.Le village de Montsarrac est paradoxalement, à la fois un village isolé et un lieu de passage. Le site de Monsarrac est en effet caractérisé par son isolement à l´extrême pointe sud-est de la commune de Séné, par sa faible disponibilité en surfaces cultivables et par son accès difficile par voie terrestre, particulièrement en hiver à cause des chemins difficilement praticables dans les terres basses des marais ; ce qui a conduit la population qui y vivait à se tourner très tôt vers la mer. D´autant que ce site est aussi un lieu de passage depuis au moins le 14e siècle entre la presqu´île de Rhuys et la ville de Vannes. Le passage d´une terre à l´autre se faisait par un double transit maritime de part et d´autre de l´île du Passage de Saint-Armel. Le trafic maritime à partir de ce site est renforcé en 1853 par l´installation, à la pointe de la Garenne (au sud-est du village), d´une usine produisant de la soude et de l´engrais à partir du goémon. Un quai est alors construit à l´extrémité de la Garenne pour faciliter le chargement et le déchargement des navires. La population du village, dont les actifs travaillent à l´usine, naviguent au commerce ou sur les bâtiments de la Marine nationale, dispose alors de revenus satisfaisants si bien que chaque ménage, ou presque, possède sa propre maison, ce qui n´était pas si fréquent dans les autres villages de Séné. Toutes ces activités favorisent le dynamisme local, ce qui se traduit par une augmentation de la population. Le modeste écart agricole de Kerarden voit aussi sa population augmenter durant cette période faste (installation de marins au cabotage) ; la construction d´une chapelle en témoigne.Néanmoins, dès les années 1870, cette activité industrielle disparaît ce qui entraîne la fin du dynamisme économique de Monsarrac, et par voie de conséquence la stagnation du nombre d´habitants. Le village souffre aussi de la forte crise du cabotage qui survient à la fin du 19e siècle (concurrence du chemin de fer pour le transport des pondéreux), et qui oblige les hommes à s´exiler. Il souffre également de l´éloignement des routes terrestres. Pour faciliter l'accès au bourg, une route directe passant sur la digue de Biherbon est édifiée en 1893. Mais le village de Montsarrac étant situé en cul-de-sac et perdant son dynamisme, l´ouverture de cette nouvelle route facilite davantage le départ de la population que l´arrivée de nouveaux habitants. Ainsi la population de Montsarrac passe de 304 individus (pour 72 maisons) en 1841, à 210 individus (pour 57 maisons) en 1901. À la fin de cette période, le développement d´une modeste activité ostréicole ne modifie pas fondamentalement la situation. En 1931, les habitants ne sont plus qu´au nombre de 115, en majorité des marins de commerce retraités. En 1937 la rupture de la digue de Bilherbon, isole à nouveau, temporairement, ce village du reste du territoire de la commune par inondation des terres basses situées en arrière de la digue. Ses activités maritimes perdues, le village se vide de ses commerces et de ses habitants. Depuis les années 1990, le faible noyau de population sédentaire qui y demeure encore tend à être marginalisé au milieu des nouvelles populations qui occupent désormais ce site en tant que résidents secondaires.
Auteur(s) du descriptif : Amghar Julien ; Vincent Johan ; Péron Françoise
Par : L'inventaire du patrimoine